De déchets à ressources : la magie de l'économie circulaire

 

En 2050, il y aura 10 milliards de personnes sur la planète. Étant donné la raréfaction des ressources naturelles telles que l’eau douce, le pétrole ou le cuivre, on peut se demander: comment les entreprises survivront-elles ? Ou encore, qu'en sera t-il  des êtres humains ? La bonne nouvelle est que nous avons déjà des solutions.

 

Notre modèle économique actuel est linéaire. Nous extrayons les matières premières, les transformons, les vendons, les utilisons et puis, nous les jetons. Depuis 1950, plus de six milliards de tonnes de plastique ont fini dans la nature, brûlées ou jetées dans des décharges. La Fondation Ellen MacArthur estime la valeur de ces déchets à environ 100 milliards de dollars, soit l’équivalent du chiffre d'affaires annuel de Google. De plus, le matériau que nous extrayons est limité. Chaque jour, nous consommons en combustibles fossiles l'équivalent de 2 600 ans d'accumulation de pétrole.

 

Et s'il y avait un autre modèle qui pouvait donner de l'espoir à l'humanité ? Regardons la nature : elle a fonctionné et a survécu pendant des millions d’années sans générer de déchets, puisque les déchets d’un élément sont les ressources d’un autre. Telle est  précisément l’ambition de l’économie circulaire, une approche déjà utilisée pour créer des entreprises durables avec un impact positif sur la planète.

 

Dans le monde entier, nous recyclons moins de 9% des emballages souples, tels que ceux des paquets de chips. Mais l'ingénieur en mécanique Karam Hirji et son père Iqbal ont trouvé un moyen de recycler ce matériau, après avoir mené des recherches pendant deux ans dans leur propre cuisine, en Afrique du Sud. Ils mélangent des emballages multicouches avec de la sciure de bois pour en faire un matériau de construction abordable, ignifuge et recyclable pour la construction d'écoles, d'hôpitaux et de logements. Fabriqué à grande échelle, son coût pourrait être moins cher que celui des solutions de construction actuelles et profiter à un milliard de personnes vivant actuellement dans des bidonvilles dans le monde. RWPA Solutions, le nom de leur startup, signifie littéralement « déchets ruraux et lutte contre la pauvreté » en anglais.

 

Pourrions-nous nous débarrasser complètement du plastique ? Tipa, une start-up israélienne, a créé un matériau d'emballage flexible présentant les propriétés techniques du plastique conventionnel, mais pouvant être composté à 100%. S'il se retrouve dans la nature, il lui faudra moins d'un an pour se bio-dégrader, ne laissant aucune trace de micro-plastique dans les sols. Si l’on considère que les emballages flexibles constituent le deuxième plus grand segment d’emballages au monde (une industrie de 98 milliards de dollars) et que plus de 95% de ceux-ci finissent dans des décharges, en mer ou incinérés, une telle solution pourrait transformer à toujours l’ensemble du secteur.

 

Des alternatives au plastique peuvent également être trouvées dans l'océan. Algopack, une société française, transforme les algues en meubles sans utiliser d'huile, de pesticides ou d'engrais. Au cours de leur croissance, les algues absorbent le CO2, le transforment en sucre et rejettent l'O2, qui nourrit le plancton. Algopack utilise en partie le sargasse, un type d’algue qui envahit actuellement nos océans.

 

Si les startups sont le moteur du changement, les sociétés multinationales et les gouvernements ont également identifié l'économie circulaire comme un outil essentiel pour une croissance durable. Avec un chiffre d’affaires annuel d’un milliard de dollars, Interface a mis l’économie circulaire au cœur de son modèle d’affaires depuis le début des années 1990. En presque 30 ans, ils ont économisé 450 millions de dollars tout en réduisant considérablement leur consommation d'eau et leurs émissions de CO2.

 

En ce qui concerne les gouvernements, la Chine a été l'un des premiers pays à légiférer en 2016 sur l'économie circulaire. Aujourd’hui, la deuxième économie mondiale a fait de l’économie circulaire une de ses priorités. Le pays est à l’avant-garde de la « symbiose industrielle », à savoir des écosystèmes industriels où les déchets ou les sous-produits de l’un deviennent la matière première de l’autre. Le parc écologique de Suzhou, près de Shanghai, est en passe de réduire ses émissions annuelles de CO2 et de déchets solides de 30 000 tonnes et 10 000 tonnes respectivement.

 

Certains pays en développement comme le Rwanda sont également en tête de course en matière d'économie circulaire. En quelques années seulement, le « pays des mille collines » est devenu le pays le plus propre d’Afrique et un chef de file en matière d’environnement. L’administration du président Paul Kagame a établit des mesures fortes pour protéger les ressources naturelles, dans le but de développer l’industrie du tourisme et de protéger la santé et la nourriture des populations. Le Rwanda a été l’un des premiers pays au monde à interdire les sacs en plastique en 2008, huit ans avant la France. Son succès réside dans l'exemplarité de ses politiques environnementales, telles que l'éducation environnementale des jeunes étudiants et le soutien économique d'entreprises écologiques viables.

 

Les citoyens commencent également à se mobiliser contre les déchets plastiques. Le 15 septembre dernier, plus de 15 millions de personnes dans le monde se sont portées volontaires pour nettoyer leurs villes lors de la Journée mondiale du nettoyage. Les consommateurs sont passés d’être consommateurs à être des « consomm’acteurs », plus conscients et responsables de leurs actes. Ils conduisent le changement et poussent les entreprises à s’améliorer constamment dans le domaine de la durabilité. En Europe, par exemple, les ventes en vrac sont en plein essor dans les supermarchés, réduisant ainsi les emballages à usage unique polluants. Les Pays-Bas ont même créé cette année leur premier supermarché sans plastique : Ekoplaza.

 

Avec la raréfaction des ressources naturelles et l'accumulation exponentielle de déchets, notre modèle linéaire actuel est haletant. L’économie circulaire offre une alternative durable, viable à long terme pour les entreprises, les citoyens et la planète. L’un des principaux défis à relever aujourd’hui consiste à intensifier ces innovations circulaires de plus en plus répandues dans le monde entier, et ce rapidement. Gardons à l’esprit que le partage des connaissances et l’éducation sont des tremplins essentiels pour saisir cet élan. « Pour ce qui est de l'avenir », Antoine de Saint-Exupéry a écrit, « il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »

 

 

Matthieu Witvoet & Raphaël Masvigner de Circul'R, premier réseau international de startups de l'économie circulaire

 

Cette tribune a été écrite dans le cadre de l'opération internationale de journalisme collaborative "Solutions and Co", qui regroupe 20 journaux internationaux, dont The Financial Times, Les Echos, Kommersant, Hindu Business Line, Yicai Global, Forbes Afrique et El Economista. Coordonnée par Sparknews, cette opération éditoriale vise à faire connaître des solutions concrètes d’entreprises pour lutter contre le changement climatique.

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